Breitling Chrono-Matic 2112 : 1969, la naissance du chronographe automatique
· Mamontrevintage
Le 3 mars 1969, plusieurs fabricants annoncent un chronographe automatique développé collectivement. Cette percée technologique bouleverse le paysage horloger : l'automatique peut désormais entraîner un véritable chronographe. Chez Breitling, elle prend notamment la forme de la Chrono-Matic, reconnaissable à sa couronne placée à gauche du boîtier.
Breitling : la tradition du chronométrage depuis 1884
Léon Breitling fonde sa maison en 1884 à Saint-Imier, avant le développement industriel de la marque à La Chaux-de-Fonds. L'entreprise se spécialise dans les chronographes, compteurs et instruments de mesure du temps, en particulier dans des domaines où la lecture rapide d'une durée a une utilité concrète.
Sous la direction des générations suivantes, Breitling contribue au perfectionnement des poussoirs de chronographe. La commande indépendante du démarrage et de la remise à zéro, puis la séparation des fonctions entre poussoirs, participent à la mise au point d'instruments de plus en plus ergonomiques pour la mesure des temps courts.
La Navitimer, lancée en 1952, illustre le rapprochement avec le monde de l'aviation. Sa règle à calcul périphérique facilite des opérations de navigation et de conversion. Cette culture du chronographe-outil prépare le terrain à une avancée autrement difficile : réunir remontage automatique et chronographe au sein du même mouvement.

1966–1969 : le projet Chronomatic, dit « Projet 99 »
Au milieu des années 1960, le marché horloger demande à la fois des montres à remontage automatique et des chronographes sportifs. Leur association reste techniquement délicate, car la mécanique du chronographe occupe un volume important tandis que le rotor automatique doit conserver une amplitude et une transmission efficaces.
Le Projet 99 réunit plusieurs savoir-faire : Breitling et Heuer-Leonidas apportent leur expérience du chronographe, Hamilton-Büren celle du micro-rotor automatique, tandis que Dubois Dépraz développe un module chronographique spécifique. Plutôt que d'empiler des solutions existantes sans adaptation, le consortium conçoit une architecture industrielle cohérente.
Le mouvement est présenté le 3 mars 1969 lors de conférences de presse organisées simultanément à Genève et New York. Cette date constitue l'un des moments clés de la course au chronographe automatique, qui connaît la même année plusieurs autres réalisations importantes, notamment chez Zenith et Seiko.
Le calibre 11 : micro-rotor et module chronographique
Le calibre 11 associe un mouvement automatique issu de la filière Büren à un module de chronographe conçu par Dubois Dépraz. L'ensemble montre comment une architecture modulaire peut réunir une fonction horaire remontée par une masse oscillante et une fonction chronographe commandée par poussoirs.
La couronne se trouve du côté gauche du boîtier, tandis que les poussoirs du chronographe restent sur le flanc droit. Ce placement est lié à la construction du mouvement et devient une signature visuelle des premières Chrono-Matic. À l'époque, il souligne également un argument de communication : une automatique n'exige plus d'être remontée quotidiennement par la couronne.
La présentation courante du calibre 11 comporte deux compteurs, des indications de chronographe et un guichet de date. L'évolution de la famille donnera notamment le calibre 12 ainsi que des variantes telles que le 15. Ces calibres ne doivent pas être assimilés à une configuration universelle : Breitling a décliné ses Chrono-Matic en plusieurs références.

Breitling 2112 : le dessin d'un chronographe de transition
La référence 2112 appartient au début de l'ère Chrono-Matic et adopte une silhouette de chronographe sportif de la fin des années 1960. Le boîtier acier et le cadran à deux compteurs donnent à voir une période de transition : les montres conservent des proportions héritées des années précédentes, mais leur architecture mécanique est désormais tournée vers l'automatique.
Les exemplaires de cette référence documentés dans les archives spécialisées présentent des variantes de calibre et de cadran. La montre Breitling 2112 illustrée dans ce dossier est associée au calibre 11. Le nom Chrono-Matic désigne donc une famille technique plus large qu'un seul dessin de cadran ou qu'un seul numéro de calibre.
La disposition des poussoirs, la couronne opposée et les détails de l'échelle de cadran permettent de saisir le changement d'époque. Le chronographe automatique conserve toute la gestuelle du chronographe manuel, mais son fonctionnement horaire s'émancipe de l'obligation du remontage quotidien.
Une invention collective dans l'histoire de la montre mécanique
L'année 1969 marque une concurrence particulièrement féconde. Zenith présente un chronographe automatique intégré à haute fréquence, Seiko développe sa propre solution automatique et le groupe Chronomatic privilégie une construction modulaire combinant compétences de plusieurs entreprises.
La Breitling Chrono-Matic cristallise cette dernière approche. Par son boîtier, son calibre et le placement inhabituel de sa couronne, elle incarne la transformation des chronographes sportifs à la veille de la décennie 1970 et annonce une nouvelle génération de montres mécaniques automatiques.

Sources et documentation
- Breitling — Project 99 : histoire officielle du consortium Chronomatic et lancement en 1969.
- Timeline Watch — exemplaire Breitling Chrono-Matic 2112 et variations de calibre.
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